Le président du RN Jordan Bardella, lors d'un meeting pour les élections sénatoriales à La Seyne-sur-Mer, le 27 septembre 2026 dans le Var ( AFP / Thibaud MORITZ )
Mediapart a publié lundi des messages antisémites datant de 2013 attribués à Jordan Bardella, alors jeune militant du Front national. Le président du RN conteste "formellement", évoquant des "faux grossiers", tandis que Marine Le Pen, candidate du parti à l'Elysée, dénonce "une barbouzerie".
Cette enquête s'appuie sur des conversations privées, que Mediapart affirme avoir pu authentifier, qui auraient été écrites par Jordan Bardella à l'été 2013, alors qu'il avait entre 17 et 18 ans.
Ces échanges, dont le journal ne précise pas le ou les destinataires, retranscrivent plusieurs propos antisémites.
"Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur", aurait ainsi écrit le futur président du RN.
Le militant, qui a rejoint le parti d'extrême droite un an et demi plus tôt, aurait ajouté: "Et c'est ce qu'ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale".
Dans d'autres messages, il ciblerait directement des personnalités, comme Pierre Moscovici, alors ministre de l'Economie de François Hollande, qui voudrait "sauver les entreprises" pour "venger Moïse".
"Les banques sont toutes détenues par des Juifs", écrirait-il encore.
Il afficherait également son soutien à Dieudonné, l'humoriste déjà condamné à l'époque pour provocation à la haine, qui "mène un vrai combat d'idée", selon les propos retranscrits dans Mediapart.
Jordan Bardella, appelé à devenir Premier ministre de Marine Le Pen en cas de victoire du RN à la présidentielle, a démenti auprès du média.
"Le fait que je n’étais pas militant actif au sein du Front national durant l’été 2013, et encore mineur, devrait vous alerter sur le caractère mensonger de ces +sources+", a-t-il déclaré. "Il s'agit nécessairement de faux grossiers".
"Je conteste formellement les accusations portées à mon endroit par Mediapart, me prêtant des propos délirants et antisémites", a-t-il ensuite réagi sur X, affirmant avoir chargé son avocat d'engager "les procédures nécessaires".
"Barbouzerie"
Marine Le Pen, en tête des sondages dans la course à l'Elysée, a dénoncé "un faux", "une barbouzerie dont Mediapart a le secret".
Marine Le Pen, candidate du RN à la présidentielle, lors du salon Batimat des professionnels de la construction, le 28 septembre 2026 à Paris ( AFP / Anne-Christine POUJOULAT )
Le Rassemblement national mène une stratégie de "dédiabolisation" depuis qu'elle a repris en 2011 les rênes du parti à son père, Jean-Marie Le Pen, connu pour ses propos négationnistes qui lui ont valu d'être condamné à plusieurs reprises.
Quant à Jordan Bardella, il avait été en mars 2025 le premier dirigeant de ce parti officiellement invité par le gouvernement israélien à venir en Israël pour une conférence sur la lutte contre l'antisémitisme.
"C'est une illustration des limites de la dédiabolisation du Rassemblement national", a dénoncé à l'AFP Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). "Le socle idéologique du RN n’a pas changé", ce parti "n’a jamais fait partie de l’arc républicain et n’en fera jamais partie", a commenté la Licra.
La ministre chargée de la lutte contre les discriminations Aurore Bergé a estimé que "ces écrits, s'ils sont avérés, sont d'une immense gravité". "Leur nature antisémite et complotiste rappelle, à ceux qui voudraient l'oublier, la nature profonde de l'extrême droite".
Tondelier appelle à la démission
A gauche, les réactions se sont multipliées.
"Il doit démissionner de toutes ses fonctions", a réagi la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, dénonçant "un antisémite obsessionnel".
Des députés écologistes ont annoncé saisir la justice -- via un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale-- de faits susceptibles, s'ils sont avérés, de constituer une infraction à caractère antisémite.
Le leader LFI Jean-Luc Mélenchon, lui-même accusé d'ambiguïté sur la question antisémite, a condamné "formellement" ces écrits qui "relèvent du complotisme et de l'antisémitisme le plus absurde si c'est bien (Jordan Bardella, ndlr) qui les a prononcés".
"Les enfants spirituels de Le Pen ne changeront jamais. Depuis le FN, fondé par des Waffen-SS, jusqu'au RN d'aujourd'hui, ils resteront les mêmes: antisémites, racistes, complotistes", a encore commenté le communiste Fabien Roussel.
Jordan Bardella, a pris sa carte au Front national (FN) en 2012 au lendemain d'un débat entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. A 18 ans, il est devenu responsable de la fédération 93 du FN, avant son ascension fulgurante jusqu'à la tête du parti - devenu Rassemblement national.
Un volet de l'enquête de Mediapart développe également une "fascination" qu'aurait eu le jeune militant pour Alain Soral, l'idéologue antisémite qui a rompu ses liens avec le FN en 2009.
Quatre ans plus tard, dans ces mêmes conversations, Jordan Bardella aurait écrit au sujet de l'essayiste, déjà condamné pour diffamation raciale et incitation à la haine: "ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits".

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